Marie-Antoinette, une femme s’entête
« Vous savez, quand j’ai quelque chose dans ma tête, je n’en démords point »1,
ainsi se
confiait la jeune dauphine de France à une de ses amies. Marie-Antoinette, que d’aucun considère comme
une femme coquette et frivole, passa également en son temps pour une femme volontaire, obstinée et entêtée.
En témoignent, au travers ses nombreuses lettres, les remontrances régulières de sa mère, l’impératrice
Marie-Thérèse d’Autriche : « Je
vous vois aller avec une certaine sûreté et nonchalance à grands pas à vous perdre, au moins à vous égarer.
Quels chagrins et effort ne vous coûtera pas d’en revenir ! si vous voulez me croire
à cette heure, vous n’aurez pas la moitié des peines » (31 octobre 1771).2
Marie-Antoinette, née le 2 novembre 1755, dauphine puis reine de
France, décapitée le 16 octobre 1793, fut considérée tour à tour comme
une souveraine insoumise ou une femme brisée, comme une icône martyr ou
comme une épouse manipulatrice. Courtisée ou vilipendée pendant des
décennies, Marie-Antoinette a suscité des réactions passionnées et
passionnelles. Il y eut ainsi ceux qui l’estimèrent une victime
expiatoire à défaut d’innocente et ceux qui la jugèrent responsable et
fautive. A l’image des « grands » hommes, Marie-Antoinette
eut des amateurs hagiographes qui n’ont pas hésité à devenir de zélés
adorateurs et aussi des adversaires parfois malveillants.
Certes, Marie-Antoinette, et Louis XVI, ne surent – et ce en dépit de
conseils éclairés de certains de leurs ministres – faire la moindre
concession à la volonté populaire. Dès la réunion des États
Généraux le 5 mai 1789, dans la salle du jeu de Paume à
Versailles, le couple royal aveuglé et sourd resta inflexible. Sûrs de
leur bon droit divin, l’un et l’autre, Marie-Antoinette en tête,
n’imaginèrent pas composer avec la nation naissante qui se constituait
sous leurs yeux. Se soustrayant à leurs responsabilités par leur
tentative de fuite avortée à Varennes, retranchés puis gardés dans leur
palais, menant un double jeu politique en cherchant à ménager les
modérés de l’Assemblée tout en lançant des appels aux monarchies
étrangères, Marie-Antoinette et Louis XVI signèrent là leur destitution
et leurs condamnations.
Depuis quelques années, une relecture de la vie de cette reine devenue star de cinéma3
s’est faite cherchant à démêler les imbrications entre sa vie privée et
sa vie publique. Et si ces derniers mois, une
« toinettomania » s’est emparée des colonnes de presse, des
travaux comme ceux de Mona Ozouf4, de Chantal Thomas5, de Annie Duprat6 et la publication de sa correspondance
par Evelyne Lever7
ont permis une nouvelle approche de son personnage. En effet,
Marie-Antoinette, qui fut la cible de nombreux de ses contemporains – y
compris dans son entourage - a suscité de nombreux fantasmes. Tour à
tour, « reine de la mode »8 « l’Autrichienne »9,
« Madame déficit », « Madame Veto »10, icône martyre11, ou « Messaline royale »12,
Marie-Antoinette est une des rares femmes dans l’histoire de France « à avoir cristallisé autant de passions haineuses, envieuses ou amoureuses,
avant de périr violemment de cette mort, qui selon l’adage, transforme la vie en destin »13.
Véronique Fau-Vincenti
Exposition virtuelle
réalisée par Véronique Fau-Vincenti, Pascale Favel,
Stéphane Laugier, Augusto Cruz Nieves et avec le concours de Annie Duprat
1 Cité par Simone Bertière Marie-Antoinette, l’insoumise, éd.
De Fallois, 2002.
2 Marie-Antoinette, correspondance, 1770-1793, établie et présentée
par Evelyne Lever, éd.Taillandier, 2005.
3 Marie-Antoinette, film américain de Sofia
Coppola, avec Kirsten Dunst, 2006 ; L’Autrichienne, film français Pierre Granier Deferre, avec Ute Lemper,
1990; ; La Révolution Française, film de Robert Enrico, avec Jane Seymour, 1989; Marie-Antoinette
de France, film français de Jean Delannoy, avec Michèle Morgan, 1955 ; L’Affaire du collier
de la reine, film français de Marcel L’Herbier, avec Viviane Romance dans le rôle de Marie-Antoinette,
1945 ; Marie-Antoinette, film américain de W.S.van Dyke, 1938.
4 Varennes, la mort de la royauté, éd. Fayard,
2005.
5 Les Adieux à la reine, éd. du Seuil, 2002, La
reine scélérate, éd. Poche, 2003.
6 Marie-Antoinette, une reine brisée, éd. Perrin,
2006.
7 Marie-Antoinette, correspondance, 1770-1793,
établie et présentée par Evelyne Lever, éd.Taillandier, 2005.
8 (voir partie 1)
9 (voir partie 2)
10 (voir partie 2)
11 (voir partie 3)
12 (voir partie 4)
13Annie Duprat, op.cit., page 9.